ou


ou

ou [ u ] conj.
u Xe; lat. aut
Conjonction qui sert à unir des parties du discours, des membres de phrases ou des propositions de même rôle ou de même fonction, en séparant les idées exprimées de façon exclusive ou non (souvent renforcée par l'adv. bien).
1(Équivalence de dénominations différentes d'une même chose.) Le patronyme, ou nom de famille. La bête à bon Dieu ou coccinelle, autrement appelée. (Dans certains titres d'ouvrages) « Le Sicilien, ou l'Amour peintre », comédie de Molière.
2(Indifférence entre deux ou plusieurs éventualités.) « Il lui était parfaitement égal d'être ici ou là, parti ou revenu » (Gautier). Maintenant, ou bien plus tard. Sa mère ou son père l'accompagnera, l'accompagneront. Elle ou moi l'accompagneront. « Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe » (Baudelaire). Nous irons au cinéma lundi ou mardi, mais pas ce soir ni demain. Il passe ses loisirs à lire ou à dormir. REM. Dans une suite de plus de deux termes, ou se place soit devant le dernier, soit devant chaque terme sauf le premier : « Sera-t-il dieu, table, ou cuvette ? » (La Fontaine); « Elle n'avait été que bonne, ou intelligente, ou sérieuse, ou même aimant plus que tout les sports » (Proust).
3(Évaluation approximative par deux numéraux proches.) « Il vit cinq ou six arbres le long d'un petit fossé » (Stendhal). Un groupe de quatre ou cinq personnes. à.
4(Alternative) « je payerai la donzelle, OU je l'épouserai » (Beaumarchais). L'un ou l'autre. soit. C'est tout ou rien. « Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée », comédie de Musset. « Il faut mourir, la belle, ou être à moi ! [...] La tombe ou mon lit ! » (Hugo).
Spécialt Alternative entre une affirmation et une négation. Oui ou non, répondez. « Civile ou pas, mon œuvre prétend ne concurrencer rien » (A. Gide). REM. Ou, reliant deux mots de sens contr., sert à former de nombr. loc. Mort ou vif. Tout ou rien. Tôt ou tard. Quitte ou double. À tort ou à raison. De près ou de loin. Plus ou moins. Se soumettre ou se démettre.
Littér. (en corrélation avec soit) « Plusieurs, soit paresse ou prudence, étaient restés au seuil du défilé » (Flaubert).
Après un impér. ou un subj. Introduit la conséquence si l'ordre n'est pas observé. sans (ça), sinon. « Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point » (La Fontaine). Qu'il se calme, ou je me fâche.
♢ OU... OU..., souligne l'exclusion d'un des deux termes. Ou c'est lui ou c'est moi. « Ou la maladie vous tuera, ou ce sera le médecin » (Beaumarchais).
5(Renforcé par un adv. pour préciser ou corriger ce qui vient d'être dit) Ou alors. Ou encore. Ou même. Ou plutôt. Viens à trois heures, ou mieux, à deux heures.
6 N. m. Log., automat. Opérateur logique qui donne la valeur « vrai » lorsqu'au moins l'un des opérandes a la valeur « vrai » (appelé aussi ou inclusif, noté , parfois et/ou). Ou exclusif : opérateur logique qui donne la valeur « vrai » lorsque l'un seulement des deux opérandes a la valeur « vrai ».
⊗ HOM. Août, hou, houe, houx, où.

ou conjonction de coordination (latin aut) Sert à marquer : L'alternative ; soit : Son père ou sa mère l'accompagnera. L'équivalence : Le nom ou substantif. Le choix alternatif : Content ou non, tu dois le faire. L'approximation dans l'évaluation : Ils étaient trois ou quatre. Ou…, ou…, ou bien, renforcement de ou soulignant l'opposition, l'exclusion ou l'alternative : Dépêchez-vous, ou bien il sera trop tard. Ou, ou alors, ou bien, introduisent une conséquence (pénible surtout), une menace : Tu viens, ou tu auras de mes nouvelles. Ou même, ou plutôt, ou encore, introduisent une précision ou une rectification. ● ou (difficultés) conjonction de coordination (latin aut) Sert à marquer : Orthographe 1. La conjonction ou s'écrit sans accent, ce qui la distingue de l'adverbe et pronom relatif . 2. Emploi de la virgule devant ou. Deux éléments (mots, membres de phrase ou propositions) coordonnés par ou marquant une simple alternative ne sont pas séparés par une virgule : toi ou moi, peu importe ; nous irons en voiture ou en train ; ce soir, je regarderai la télévision ou je lirai le journal. - Mais, lorsqu'il y a plus de deux éléments coordonnés par ou, on emploie généralement la virgule, en particulier dans le style soigné : toi, ou moi, ou lui, peu importe ; nous irons en voiture, ou en train, ou en avion. Lorsque la conjonction ou coordonne deux propositions dont les sujets sont différents, elle est généralement précédée par une virgule, en particulier dans le style soigné : tu peux afficher toi-même ces informations, ou Pierre s'en chargera ; la sagesse l'a emporté sur la colère, ou la lassitude a eu raison de sa combativité. Cependant, lorsque les propositions sont brèves, la virgule est souvent omise : ici, tout l'automne le vent souffle ou la pluie tombe. Lorsque la conjonction ou est répétée devant chacun des termes coordonnés (ou a le sens de soit..., soit), la virgule précède chacun des ou sauf le premier : il est ou dans son bureau, ou au service commercial, ou à l'atelier ; il doit ou accepter ces conditions, ou démissionner. Lorsque la conjonction ou a le sens de « ou même, ou plutôt, ou du moins... », elle est précédée par une virgule : sera-t-il remplacé en cas de départ, ou en cas d'absence prolongée ? (= ou du moins) ; ton étourderie, ou ta négligence, te perdra (= ou plutôt). Lorsque la conjonction ou coordonne des propositions ou des termes qui s'opposent par le sens (ou a le sens de « sinon »), elle est précédée par une virgule : il arrivera ce soir même, ou nous devrons l'attendre longtemps encore ; il faut absolument arriver à ce résultat, ou le succès même de l'opération est compromis. Lorsque la conjonction ou introduit une équivalence, une explication ou une traduction (ou a le sens de « c'est-à-dire »), elle est précédée par une virgule : la spirée, ou reine-des-prés, a des fleurs odoriférantes (en cours de phrase, l'équivalence est encadrée par des virgules). Accord 1. Accord du verbe. Après deux noms au singulier unis par ou, le verbe se met au singulier ou au pluriel, selon que l'un des termes exclut l'autre ou que la conjonction a un sens voisin de et. On écrit : la France ou l'Australie accueillera les prochains championnats du monde (c'est-à-dire : soit un pays, soit l'autre) ; mais : pour ce tonnage, un camion ou une camionnette conviennent (c'est-à-dire : l'un et l'autre sont adaptés). - Si ou ne fait qu'indiquer une équivalence entre deux termes, l'accord se fait avec le premier de ceux-ci : le naja, ou cobra, est un serpent venimeux ; les îles Sorlingues, ou îles Scilly, sont situées à l'ouest de la Cornouailles. 2. Accord de l'adjectif. Si l'adjectif se rapporte à un seul des deux noms unis par ou, il s'accorde avec le nom auquel il se rapporte : une veste en cuir ou en laine épaisse. - Si l'adjectif se rapporte aux deux noms unis par ou, il se met au pluriel (au masculin pluriel si les deux noms sont de genres différents) : une perceuse ou une scie électriques ; on recrute un ouvrier ou une ouvrière qualifiés. Emploi 1. Ou et ni. Ou ne peut être employé que dans une phrase affirmative. Dans une phrase négative, on emploie ni : vous pouvez l'approuver ou le blâmer ; mais : je ne peux ni l'approuver ni le blâmer (et non je ne peux pas l'approuver ou le blâmer). 2. Ou dans une approximation(trois ou quatre, trois à sept). → à 3. Soit…, ou… → soitou (homonymes) conjonction de coordination (latin aut) Sert à marquer : août nom masculin hou ! interjection houe nom féminin houx nom masculin adverbeou nom masculin Ou exclusif, opérateur booléen binaire donnant la valeur « vrai » si, et seulement si, un seul des opérandes a la valeur « vrai ». Ou inclusif, opérateur booléen binaire donnant la valeur « vrai » si l'un au moins des opérandes a la valeur « vrai ». ● ou (expressions) nom masculin Ou exclusif, opérateur booléen binaire donnant la valeur « vrai » si, et seulement si, un seul des opérandes a la valeur « vrai ». Ou inclusif, opérateur booléen binaire donnant la valeur « vrai » si l'un au moins des opérandes a la valeur « vrai ».

ou
conj. de coord.
d1./d (Marquant l'alternative.) L'un ou l'autre. Oui ou non.
Ou..., ou... Ou il part, ou il reste. Choisissez: ou lui, ou moi. (N.B. Dans une proposition négative, on emploie ni.)
d2./d (Marquant l'équivalence.) Autrement dit, en d'autres termes. Le lycaon ou cynhyène.
d3./d (Marquant l'évaluation.) Il pouvait être trois ou quatre heures. (N.B. Quand ou exprime une exclusion, le verbe, l'adj. ou le participe qui suit est Sing., sinon il est Plur.) La paix ou la guerre s'ensuivra.

⇒OU, conj.
Conjonction de coordination disjonctive, indiquant une alternative qui a valeur de distinction pouvant aller jusqu'à l'exclusion, et reliant des termes, groupes de mots ou propositions de même fonction grammaticale, logiquement associables, voisins ou opposés de sens.
I. —[Avec valeur de disjonction non exclusive]
A. —[Pour marquer une équivalence plus ou moins exacte, une synon., un choix terminologique entre deux dénominations d'une même réalité] Synon. c'est-à-dire, en d'autres termes, autrement dit. Chou vert ou vert chou, bonnet blanc ou blanc bonnet, jus vert ou verjus. L'ordre des Servites ou Serfs de Marie (MONTALEMBERT, Ste Élisabeth, 1836, p.LIX). La libellule ou demoiselle, la brillante meurtrière qui tue mille insectes en un jour (MICHELET, Insecte, 1857, p.145):
1. Le lys et spécialement le lys aquatique, que l'on appelle également lotus ou nénuphar, a toujours tenu une grande place dans l'imagerie symbolique de toutes les religions.
CLAUDEL, Poète regarde Croix, 1938, p.11.
En partic. [Pour introduire une précision, une explication, parfois restrictive; renforcé dans ce cas] Ou plutôt, ou même, ou pour mieux dire, ou encore, ou plus exactement, ou simplement, ou si vous préférez... L'inattention du père Grandet, ou, pour mieux dire, la préoccupation dans laquelle le plongeait la lecture de sa lettre (BALZAC, E. Grandet, 1834, p.62). Après la dernière récréation de la journée, ou, comme nous disions, après le dernier «quart-d'heure» (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.17).
[Dans un titre d'ouvrage ou de chapitre introduisant un sous-titre explicatif] Tartuffe ou l'Imposteur (de Molière). Le roman de Coelina, ou l'Enfant du mystère, cette oeuvre dont la fortune fut grande sous le Directoire et le Consulat (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p.70):
2. ... un livre que j'entrevois et qui déjà prend forme: Geneviève ou La Nouvelle école des femmes —où j'aborderais de front toute la question du féminisme.
GIDE, Journal, 1930, p.972.
B. —[Pour indiquer une évaluation (chiffrée ou datée) approximative, notamment par deux numéraux] En juillet ou en août, ce soir ou demain, dans cinq ou six jours; quatorze ou quinze ans. Entre Mure et Vizille, à cinq ou six lieues de Grenoble (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t.2, 1823, p.88). On a beaucoup écrit de poèmes en prose depuis trente ou quarante ans (JACOB, Cornet dés, 1923, p.15):
3. À cheval, donc, ils allaient à la gare la plus voisine, et, en vingt-cinq ou trente minutes, les deux compagnons étaient à Paris.
LARBAUD, F. Marquez, 1911, p.30.
Rem. 1. L'évaluation porte sur un choix possible entre deux numéraux consécutifs ou sur leur égale éventualité. 2. De... à est plus souvent accolé à des numéraux non consécutifs (ex. de trente à quarante personnes). Voir GREV. 1975, § 916, n° 30.
C. —1. [Pour marquer une alternative, un choix possible (ou imposé) mais sans conséquence entre deux termes de nature identique, en particulier l'indifférence entre deux éventualités opposées] Cela lui est égal, lui importe peu de... ou de..., peu importe que..., ici ou là, ici ou ailleurs, l'un ou l'autre, tel ou tel, un jour ou l'autre, plus ou moins, tour à tour... ou..., tôt ou tard, ou inversement, ou réciproquement, ou vice versa, d'une manière ou d'une autre, de près ou de loin, totalement ou en partie, par force ou par ruse, avec ou sans..., qu'on le veuille ou non, à tort ou à raison, en bien ou en mal, etc. Il n'importait guère d'être ou non reconnus (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p.222). Ça te serait-il égal que Bernard fût à Argelouse ou à Paris? (MAURIAC, Th. Desqueyroux, 1927, p.209):
4. Ses cheveux aplatis, son costume du dimanche ruissellent, et tout trempé, il attend qu'on le change ou que le soleil le sèche, au choix: ça lui est égal.
RENARD, Poil Carotte, 1894, p. 69.
Que + verbe au subj. ... ou (que)... Toutes les autres femmes, qu'elles aient vingt ou cinquante ans, ont pour lui le même âge (GONCOURT, Journal, 1864, p.12):
5. Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil? Je n'attends rien des jours.
LAMART., Médit., 1820, p.14.
... ou..., ... ou... (disjonctions par couples, doubles ou multiples). Beau ou laid, jeunes ou vieux, à Paris ou à Londres, de jour ou de nuit, etc. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, un Français, quelles que soient son origine, sa province, sa condition, est nécessairement un voltairien (QUINET, All. Ital., 1836, p.94):
6. ... nous sommes ce que nous font les circonstances; qu'un enfant soit gai ou triste, silencieux ou bruyant, qu'il montre ou ne montre pas des aptitudes au travail, nul augure à en tirer.
CHATEAUBR., Mém., t.2, 1848, p.303.
2. [Pour indiquer une alternance ou une succession dans le temps, avec des verbes d'action conjugués ou bien à l'inf., au part. prés. ou passé] Synon. tantôt... tantôt, parfois... parfois, ici... là..., soit... soit. Passer son temps à lire ou à dormir. Il s'asseyait sur un banc et regardait les enfants jouer ou bien les cygnes glisser sur l'eau (FLAUB., 1re Éduc. sent., 1845, p.17). À partir de ce jour, elle fut capricieuse, prenant ou ne prenant pas les remèdes, selon son humeur du moment (ZOLA, Page amour, 1878, p.945):
7. Quand j'étais seul dans une ville, je passais mes jours dans les musées, ou bien je lisais dans ma chambre des livres sur Venise, sur Rome.
MAUROIS, Climats, 1928, p.35.
II. —[Avec valeur d'alternative exclusive]
A. —[Pour marquer une alternative exclusive et opposer deux réalités, indiquant qu'une des possibilités exclut l'autre, en particulier dans un dilemme] Il faut vaincre ou mourir; c'est l'un ou l'autre, il faut choisir; la bourse ou la vie, oui ou non, tout ou rien, mort ou vif, pair ou impair, pile ou face, quitte ou double, la liberté ou la mort, c'est pour aujourd'hui ou pour demain?, c'est le moment ou jamais, vrai ou faux?, c'est à prendre ou à laisser, peu ou prou, vivre ou mourir, de gré ou de force, pour ou contre, la guerre ou la paix; de près ou de loin, c'est une question de vie ou de mort; Dieu ou l'argent, lui ou moi, etc. Moi qui ne rêvais que d'être prêtre. Être prêtre ou mourir! (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p.1043). Aucun de nous ne peut se sauver seul; il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d'affaire ensemble. Choisissez (SARTRE, Huis-clos, 1944, 5, p.148):
8. ... je me couchai avec le torticolis, avec mal dans le dos, mal dans les reins, mal dans les jambes. Le matin, au réveil, chaque mouvement m'arrachait un cri. Mais quoi! il fallait marcher ou renoncer à mon emploi.
FRAPIÉ, Maternelle, 1904, p.33.
Rem. En log. ou en philos. notamment, l'alternative est l'énoncé de deux propositions contradictoires entre lesquelles on est mis en demeure de choisir (il n'est que deux partis possibles et l'obligation est d'en choisir un; en log., des deux propositions, l'une seulement est vraie), soit qu'il n'y ait pas de solution intermédiaire, soit que le sujet doive trancher entre deux extrêmes. Même au second échelon, l'énoncé d'un fait ne peut être que vrai ou faux (POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p.225).
LOG. (exclusion bipolaire). Symbole (V) de la somme logique. Étant donné une proposition composée quelconque, sa valeur de vérité pour chacune des valeurs de vérité de ses composantes est entièrement déterminée. Considérons par exemple la proposition «Il ne pleut pas ou je prends mon parapluie». Abrégeons-la par «\oup V q». Elle comporte deux composantes(...), donc quatre combinaisons possibles de vrai et de faux (Log. et connaissance sc., 1967, p.180 [Encyclop. de la Pléiade]).
Empl. subst. masc. [Pour désigner chacun des deux types d'opérateurs logiques] Le ou exclusif (symb. w). Synon. alternative. Le ou inclusif ou non exclusif (symb. v). Synon. disjonction (inclusive) (ds GING.-LAURET 1973).
B. —1. [Alternative de sub.]
[En remplacement de soit devant le dernier terme d'une alternative] Soit... ou... (pour soit... soit...). V. être1 Ire Section III B 2.
Ou que, conj. de subordination fonctionnant comme substitut d'une autre, pour introduire une seconde proposition subordonnée (de temps, but, cause, conséquence, concession, condition, supposition, etc.).
Soit que... ou (que)... Rose, toujours rosissant, soit qu'il commence ou finisse de rougir (MARTIN DU G., Devenir, 1909, p.29):
9. Mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eût osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux.
FLAUB., Mme Bovary, t.1, 1857, p.2.
Quand... ou (que)... Je fuyais dans les blés, ainsi qu'une fauvette Quand on l'appelle, ou qu'elle a peur (DESB.-VALM., Idylles, 1833, p.10). Je suis jaloux, quoi que je fasse ou que je veuille (GÉRALDY, Toi et Moi, 1913, p.49).
Que... ou (que) + subj. (sert à exprimer l'équivalence entre deux ou plusieurs suppositions différentes et/ou opposées, mais ayant la même conséquence exprimée par la proposition principale). Qu'il pleuve ou (qu'il) fasse beau. Que vous me croyiez ou que vous ne me croyiez pas, je n'en suis pas moins décidée (MEILHAC, HALÉVY, Froufrou, 1869, III, 1, p.91).
(Que)... ou non (fam. ou pas). Selon que, suivant que, soit que... ou (que) (ou non). Que le chancelier Bacon fût ou non prévenu d'une éclipse de lune, il tombait en faiblesse au moment où elle s'opérait (BALZAC, L. Lambert, 1832, p.95).
♦[Interr. double] Viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas? Viendra-t-il ou non? Quel destin mon imagination lui réserve-t-elle? Le tuerai-je ou le laisserai-je vivre? (THARAUD, Dingley, 1906, p.28). Qui soignera Paul, est-ce vous ou moi? (COCTEAU, Enfants, 1929, p.30).
♦[Interr. indir.] Il ne sait pas, il ignore s'il viendra ou non, elle n'est pas sûre qu'il vienne ou non. — [indir. double] Maman m'a priée de vous demander si c'est l'omnibus ou le breack que vous voulez qu'on attèle? (PAILLERON, Âge ingrat, 1879, I, 2, p.4).
2. Littér. [Dans une alternative ou interr. double, ou si introd. le second terme de l'interr.] V. aussi si = ou bien, ou alors est-ce que...? (qui introd. une sorte d'interr. indir., coordonnée à une interr. dir.). Est-ce que vous viendrez, ou si c'est lui? (Ac.). Tu dis que tu as demandé des chevaux; est-ce que c'est vrai? ou si tu te moques de moi? (MUSSET, Il ne faut jurer, 1840, II, 1, p.129). Dites-moi, je vous en prie, et bien vite —est-ce cela que vous désirez —dites? ou si c'est autre chose? (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1891, p.43):
10. PÈRE UBU: Elle est bonne, celle-là! On me fait payer douze sous par jour pour cette rosse et elle ne me peut porter. Vous vous fichez, corne d'Ubu, ou bien si vous me volez?
JARRY, Ubu, 1895, III, 8, p.66.
3. [Ou en corrélation parfois avec un compar. ou un superl., le compl. partitif étant introd. par de, dans une interr. avec qui, lequel, qu'est-ce que...?] Lequel, de toi ou de lui, a menti? Du souci matériel certain ou de la froideur morale possible, lequel choisir? (AMIEL, Journal, 1866, p.451). C'était un pari... à qui, de Monsieur de Valréas ou de moi, arriverait ici le premier (MEILHAC, HALÉVY, Froufrou, 1869, I, 3, p.9):
11. Bien malin celui qui saurait, d'elle ou de vous, qui est le menteur, car peut-être étiez-vous d'accord pour me tuer et me voler, hein?...
BERNANOS, Nuit, 1928, p.29.
4. [Après une forme verbale (impér., subj., fut. simple ou périphrastique) ou une expression traduisant une injonction, un ordre, une défense, une menace, ou sert à introduire la conséquence, le résultat de l'action, l'action nouvelle choisie par le lecteur si l'ordre n'est pas exécuté] Synon. sinon, sans cela, sans ça (fam.), sans quoi, autrement. Haut les mains ou je tire! Taisez-vous ou vous serez puni. Entrez dans cette chambre, ou vous êtes perdu (MUSSET, À quoi rêvent j. filles, 1832, II, 2, p.372). Il faudra changer ça, ma fille, il faudra changer ça. Ou ça finira mal (PÉGUY, Myst. charité, 1910, p.19):
12. LE MARQUIS, emmenant Edgard. Nous allons parler de tout ça, je te dis... et tu vas tâcher de te tenir, ou bien je te flanque des calottes moi, à la fin!...
MEILHAC, HALÉVY, Cigale, 1877, II, 2, p.62.
Rem. 1. Renforcé par sinon, autrement, bien, alors: ou alors, ou autrement, ou bien, ou sinon... Dites-vous les uns aux autres le mal que vous avez fait et celui que vous avez médité, ou sinon le poison du péché vous étouffera et vous mènera en enfer (CAMUS, État de siège, 1948, 1re part., p.209). 2. Ou sinon, ou autrement sont rejetés par certains puristes qui considèrent que sinon, autrement expriment la supposition interne (v. LITTRÉ, MAUGER, Gramm. pratique du fr. d'auj., 1968, p.349 et G. DUPRÉ 1972).
5. Ou (bien)... ou (bien)... [Pour insister sur l'exclusion de l'un des deux termes de l'alternative] Ou vous obéirez, ou vous serez puni; ou je me trompe fort/ou je ne m'y connais pas, ou...; ou c'est vrai, ou c'est faux; de deux choses l'une, ou... ou... (v. chose1 ex. 28). À travers ces écueils, qu'ils regardaient blanchir, Il fallait ou passer, ou tourner la montagne (LAMART., Chute, 1838, p.915). Il me faut, ou la parfaite solitude, ou la parfaite sympathie (MAUROIS, Disraëli, 1927, p.256):
13. Voulez-vous que je vous dise? cria Grange. Ou c'est un brave homme; et il se laisserait rouler. Ou c'est une canaille; et il nous roulerait de mèche avec les autres.
POURRAT, Gaspard, 1925, p.32.
Ou... ou... ou... [Dans une alternative multiple]:
14. Il me tend la carte: j'ai droit à un hors-d'oeuvre au choix: cinq rondelles de saucisson ou des radis ou des crevettes grises ou un ravier de céleri rémoulade. Les escargots de Bourgogne sont supplémentés.
SARTRE, Nausée, 1938, p.136.
Rem. 1. Accord du verbe dont les suj. sont coordonnés par ou. a) Si l'idée d'exclusion de l'un des deux suj. domine, le verbe reste au sing. Le père ou la mère doit signer le carnet scolaire (l'un des deux seulement) (v. GREV. 1975, § 818). Ce n'est point que le vrai saisisse son esprit; c'est que Bayle ou Voltaire ou Jean-Jacques l'a dit (CHÉNIER, Épîtres, 1794, p.196). b) Si l'idée de conj. des deux suj. domine (les deux suj. pouvant concourir à l'action), le verbe peut se mettre au plur. Son père ou sa mère viendront (l'un ou l'autre, au choix, ou même les deux). L'un ou l'autre se dit ou se disent. La peur ou la misère ont fait commettre bien des crimes (Ac.). Beethoven ou Mozart furent souvent mes discrets confidents (BALZAC, Peau chagr., 1831, p.84). c) Lorsque les suj. ne sont pas à la même pers. ou que l'un des deux est un pron. pers., le verbe s'accorde en genre, en nombre et en pers. avec le suj. qui a la priorité (v. GREV. 1975, § 818). Vous ou moi, nous ferons telle chose (Ac.). C'est Louise de Trailles, ou moi —je ne sais plus —qui versais le poison (BERNANOS, Mme Dargent, 1922, p.10). d) Avec tel ou tel, le verbe reste au sing. (v. GREV. 1975 § 460 A 2 rem.). 2. Répétition de ou. a) Seulement avant le dernier terme. Blond, brun ou roux; si ... si ... ou si... Qu'importe que ma vie soit féconde ou stérile, heureuse ou tourmentée? (J.-J. AMPÈRE, Corresp., 1823, p.240). b) Devant chaque terme sauf le premier. Aujourd'hui, ou demain, ou après-demain. Ou tu travailleras, ou tu te passeras de pain (GIRAUDOUX, Simon, 1926, p.7). c) [Dans une interr. double avec un partitif, de se répète: qui, de vous ou de lui...?] V. supra II B 3. d) [Dans une coordination de numéraux (évaluation approximative), la prép. ne se répète pas: ex. dans une heure ou deux, dans deux ou trois jours; de même dans une coordination de deux termes très voisins de sens: par ignorance ou imprudence] Le retouchage d'un vêtement acquis par don gracieux ou échange (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.35).
Prononc. et Orth.:[u]. Homon. août, hou1, hou2, houe, houx, où. Pas de liaison entre subst. et ou: François ou René; médecins ou pharmaciens; ni entre les numéraux un, deux, trois, vingt, cent (ainsi que composés) et ou: cent ou davantage, vingt ou plus (FOUCHÉ Prononc. 1959, pp.441-451). Étymol. et Hist. A. Marque une alternative dont l'un des termes entraîne l'exclusion de l'autre 1. 1re moitié Xe s. (Jonas, éd. G. de Poerck, 139: Se Ninive destruite astreiet u ne fereiet); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 204: Il me prendrunt [mi parent] par pri ou par poëste; 597: Dusur[e] terre nel pourent mais tenir: Voilent o non, sil laissent enfodir [St Alexis]); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 102: En la citet nen a remés paien Ne seit ocis u devient crestien; 2663: Ne finerai en trestut mun vivant Josqu'il seit mort u tut vif recreant); 2. ca 1100 u... u (ibid., 1730: U pris u mort i fust li reis Marsilie); ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, éd. J. Rychner, Guigemar, 497-498: U il avrat hastif sucurs, u li esteot vivre a reburs); 2. 1130-40 o (+ subj.) ... o (+ subj.) «soit que... soit que» (WACE, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 767-768: O il volsist o ne deignast, o bel li fust o li pesast, Li estuet la dame esposer); 3. a) ca 1150 ou... ou en corrélation avec un compar. dépendant de qui ou de lequel interr. (ici, interr. indirecte) (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 98: Or verrons qui porra plus ou Apollo ou Laus); 1176-81 (CHRÉTIEN DE TROYES, Charrette, éd. M. Roques, 4331); b) 1160 introduit le 2e terme d'une interr. indir. double se... o se «si... ou si» (Eneas, 67 ds T.-L.: Demande a toz comunalment S'il se voldront o lui tenir... O s'en voldront retorner enz...); c) 1160-74 introduit une interr. indir. double u... u «si... ou si» (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, III, 599: Ele l'enpeinst de tel aïr, Ne sai u od piez u od meins; III, 5616-17); 4. 1229 après un impér., introduit la conséquence qui s'ensuivra si l'ordre donné n'est pas observé (GERBERT DE MONTREUIL, Violette, éd. D. L. Buffum, 142: Aprendés a valoir maris, Ou vous m'avés perdue). B. Marque une alternative sans opposition radicale entre deux éventualités 1. ca 1100 (Roland, 3670: S'or i ad cel qui Carle cuntredie, Il le fait pendre o ardeir ou ocire); 1160-74 (WACE, Rou, III, 83: Des tresturnees de ces nuns..., Poi u nïent seüssum dire Si...); ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, Guigemar, 16: Nel voil mie pur ceo lessier, si gangleür u losengier Le me volent a mal turner); ca 1190 (Floovant, 8 ds T.-L.: ...nul home...Qu'il ne vosist ocire et les mambres tolir, Ou pandre an autes forches ou detraire a roncins); ca 1200 (Chanson de Guillaume, éd. D. McMillan, 578: S'il erent pors u vers u sengler, De hui a un meis nes avrium tuez); 2. ca 1160 o bien... o «ou... ou; soit... soit» (Eneas, 7152 ds T.-L.); 3. a) 1176 ou... ou (CHRÉTIEN DE TROYES, Cligès, éd. A. Micha, 5830: ...ceste dame n'est pas morte..., Se je vive ne te la rant Ou tu m'oci ou tu me pant!); b) 1176-81 ou soit... ou (ID., Chevalier au lion, éd. M. Roques, 4050: Lors liofre a doner del suen Li sire, s'il an vialt avoir, Ou soit de terre ou d'autre avoir...); c) 1269-78 ou que... ou que «soit que... soit que» (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 15399-400); d) XIIIe s. o se... o se «id.» (Ysopet de Lyon, 940 ds T.-L.). C. Marque le choix entre deux numéraux ca 1100 u... u; u... u... u (Roland, 41: S'en volt ostages, e vos l'en enveiez, U dis u vint...; 148). D. Marque une équivalence entre deux termes de même signification, d'appellation différente 1546 (Hypnerotomachie ou discours du songe de Poliphile...traduit de langage italien en françois par J. MARTIN et J. GOHORY ds CIORANESCU 16e, n° 14715). Du lat. aut conj. disjonctive «ou, ou bien» (liant deux mots, deux prop.) pouvant être renforcé par diverses particules: aut certe, etiam, sane, potius...; avec redoublement: aut... aut «ou bien... ou bien; soit... soit», servant à marquer que chacune des deux alternatives exclut l'autre. Ou a assumé également les empl. de vel, employé pour marquer que la distinction qu'on a pu établir n'avait pas d'importance [proprement «si vous voulez»], aussi employé pour corriger un terme, une expression dont on vient de se servir: vel dicam, vel potius. Fréq. abs. littér.:169693. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 282791, b) 206981; XXe s.: a) 181994, b) 260041. Bbg. ANTOINE (G.) La Coordination en fr. Paris, 1962, pp.1012-1060; 1063-1066; 1090-1092. — BLUMENTHAL (P.). La Synt. du message. Tübingen, 1980, pp.110-113. — DAUZAT (A.). En mon nom et au sien. In: [Mél. Bruneau (Ch.)]. Paris, 1954, pp.1-9. —DUCROT (O.). La Preuve et le dire. Paris, 1973, pp.85-109. — MÉRIZ (D.). O. F. Imp(erative) + et/ou + imp. Two problems. In: [Mél. Solano (L.-F.)]. Chapel Hill, 1970, p.141. — MICHON (J. P.), POTDEVIN (M.). Rech. d'assoc. paradigm. et théorie des graphes. In: Colloque «Stat. et Ling.» 1973. 2-3 mars. Metz. Paris, 1974, pp.148-150. — REY-DEBOVE (J.). Le Métalangage ... Paris, 1978, p.50, 51, 53, 284, 285. — VAN HOUT (G.). La Coordination. Cah. Ling. théor. appl. 1972, t.9, p.258.

ou [u] conj.
ÉTYM. Xe, u; aussi od, o, ou; du lat. aut.
Conjonction disjonctive, qui unit des termes, membres de phrases ou propositions ayant même rôle ou même fonction, mais sépare les idées.
1 (Équivalence de formes désignant une même chose). || L'éthique ou la morale (Académie) : l'éthique, que l'on appelle aussi la morale (→ Autrement dit). || Le patronyme, ou nom de famille.(Dans certains titres d'ouvrages). || Cinna, ou la constance d'Auguste. || Le Tartuffe, ou l'Imposteur. — ☑ Prov. C'est jus vert ou verjus.Bonnet blanc ou blanc bonnet.
2 (Indifférence entre deux éventualités opposées). || Il est vain d'agir ou de s'abstenir (cit. 2). || Vivre ou mourir était indifférent (cit. 4). || Il lui était parfaitement égal d'être ici ou là, parti ou revenu (→ Apathique, cit. 2). aussi Égal (cit. 36). || Peu importe que ce soit lui ou moi.
1 Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore.
Sully-Prudhomme, Vie intérieure, « Les yeux ».
Que (suivi d'un verbe au subjonctif)… ou (que)… || Qu'il ait tort ou non, qu'il ait tort ou qu'il ait raison, il faut l'excuser.
2 Qu'elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon cœur fût triste ou joyeux,
Je l'admirais. C'était ma fée.
Hugo, les Contemplations, IV, IX.
3 Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe (…)
(…) De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou sirène,
Qu'importe (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Spleen et idéal », XXI.
(Disjonctions doubles ou multiples). || Rugueuse ou lisse, calme ou agitée… (→ Huile, cit. 18). || Qu'il aille à Melbourne ou à Chungking, à Calcutta ou à New York, à Tunis ou à Rio… (→ Camp, cit. 4).
4 Eh bien ! bon ou mauvais, inflexible ou fragile,
Humble ou fier, triste ou gai, mais toujours gémissant,
Cet homme, tel qu'il est, cet être fait d'argile,
Tu l'as vu, Lamartine (…)
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Lettre à Lamartine ».
3 (Évaluation approximative par deux numéraux). || Ils n'étaient guère plus de sept ou huit. || Des écrivains de second ou de troisième ordre (→ Macabre, cit. 6).
5 Et trois ou quatre seulement,
Au nombre desquels on me range.
F. de Malherbe, Poésies, I, XVI.
6 Il vit cinq ou six arbres le long d'un petit fossé (…)
Stendhal, la Chartreuse de Parme, I, IV.
7 Sept ou huit emplacements convenus, en des lieux de Paris assez distants (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XXIII, p. 322.
REM. 1. (Ou, en concurrence avec à). Selon Bescherelle, « il y avait sept à huit femmes » signifie que le nombre des femmes « montait peut-être à sept ou tout au plus à huit », alors que « sept ou huit femmes » indiquerait que « peut-être y en avait-il sept, peut-être y en avait-il huit » (cf. Grevisse, qui donne des exemples d'auteurs contemporains, Bon usage, §915, N. B.).
2. Si les nombres ne sont pas consécutifs ou s'ils se rapportent à des êtres, à des objets qui ne peuvent être divisés par fractions, trois constructions sont possibles : vingt ou trente personnes, vingt à trente personnes, de vingt à trente personnes. « Vingt ou trente » n'est correct que si les nombres sont assez voisins pour justifier l'hésitation marquée par ou; vingt à trente est contesté; seul de vingt à… est tout à fait correct et logique.
4 (Marquant alternance ou succession dans le temps). || Il passe ses loisirs à lire ou à dormir : tantôt il lit, tantôt il dort.
5 (Alternative). || L'un ou l'autre. Autre (cit. 107, 108 et 109). || En France, tout écrivain est un dieu ou un âne : il n'y a pas de milieu (→ Excessif, cit. 4). || L'alternative (cit. 5) entre le commerce ou la guerre. || « C'est à vous de choisir (cit. 11) mon amour ou ma haine ». Soit (soit… soit…). || Se soumettre ou se démettre (cit. 8). || Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée… || Viendrez-vous, oui ou non (→ Non, cit. 33 et supra). || Il importe peu qu'elles soient fondées (cit. 26) ou non.REM. Ou, reliant deux mots de sens contraire, forme de nombreuses locutions :
Tout ou rien. || Tôt ou tard. || Mort (2. mort, cit. 3) ou vif. || Pair ou impair. || Quitte ou double. || À tort ou à raison. || De près ou de loin. || Plus ou moins. || Des différences plus ou moins grandes (→ Forme, cit. 38). || En bien ou en mal (→ Négliger, cit. 14).De gauche à droite, ou inversement.
8 — Sage ou non, je parie encore.
La Fontaine, Fables, VI, 10.
9 Je soutiens, moi, que c'est la conjonction OU qui sépare les dits membres; je payerai la donzelle, OU je l'épouserai.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, III, 15 (→ Et, cit. 6; et ci-dessous, ou bien).
10 Il faut mourir, la belle, ou être à moi ! (…) La tombe ou mon lit !
Hugo, Notre-Dame de Paris, II, XI, I.
11 Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ? (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Spleen et idéal », XXI.
12 Qu'ai-je affaire à l'état civil ! (…) civile ou pas, mon œuvre prétend ne concurrencer rien.
Gide, les Faux-monnayeurs, II, III.
Littér. || Ou (ou que)… remplaçant soit (soit que) devant le deuxième terme d'une alternative.
13 N'en doutez point, Seigneur : soit raison, ou caprice,
Rome ne l'attend point pour son impératrice.
Racine, Bérénice, II, 2 (1re version).
14 (…) soit qu'il l'ait négligée, ou que je lui plaise mieux (…) elle me donne aujourd'hui la préférence.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, V, 12.
15 Cependant les flammes s'apaisèrent, soit que la provision d'elle-même s'épuisât ou que l'entassement fût trop considérable.
Flaubert, Mme Bovary, II, VII.
16 Plusieurs, soit paresse ou prudence, étaient restés au seuil du défilé.
Flaubert, Salammbô, XIV.
Littér. Ou en corrélation avec un comparatif ou un superlatif et dépendant de l'interrogatif qui ou lequel ou du tour interrogatif indirect ce que. || Lequel (cit. 22) vaut mieux, ou posséder, ou espérer ? || Lequel des deux fut le plus intrépide, de César ou d'Alexandre ?REM. Les grammairiens ont longuement disputé si l'emploi de la préposition de était correct dans ce dernier tour. Cf. Littré, De (D.). La préposition paraît nécessaire quand les deux termes de l'alternative introduits par ou suivent immédiatement le pronom interrogatif (→ ci-dessous, cit. 17 La Fontaine), ou quand ils sont énoncés avant l'interrogatif (→ ci-dessous, cit. 21 Musset).
17 Qui, de l'âne ou du maître, est fait pour se lasser ?
La Fontaine, Fables, III, 1.
18 Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que faire ?
Molière, l'Avare, II, 2.
19 On lui demanda juridiquement ce qu'il aimait le mieux d'être fustigé trente-six fois par tout le régiment, ou de recevoir à la fois douze balles de plomb dans la cervelle.
Voltaire, Candide, II.
20 (…) je demande qui a le plus de religion, ou le calomniateur qui persécute, ou le calomnié qui pardonne.
Voltaire, Alzire, Discours préliminaire.
21 De ton cœur ou de toi lequel est le poète ?
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Nuit d'août ».
Ou si… ? (introduisant le second terme d'une interrogation double). Si.
Ou, après un impératif ou un subjonctif introduisant la conséquence qui doit résulter si l'ordre n'est pas observé. || Sortez ! ou je fais un malheur. Sans (sans ça), sinon. || Obéis ou tu seras puni. || « Que l'on déloge (cit. 7) sans trompette, Ou je vais avertir tous les rats du pays. »
REM. La construction ou sinon est considérée comme un pléonasme par Littré; cependant ou marque la disjonction et l'aternative (autrement…), sinon l'hypothèse négative, et la réunion des deux donne à l'expression « un singulier relief » (G. et R. Le Bidois).
22 Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point (…)
La Fontaine, Fables, IV, 15.
23 Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire.
Boileau, Épîtres, VIII.
24 Lâche-moi, lui dit-elle, ou je te crache au visage !
Hugo, Notre-Dame de Paris, II, IX, VI.
25 (…) quand ils (ces papiers) seront en cendres, écrasez-les en une poussière invisible (…) ou sinon vous êtes perdu (…)
Maupassant, les Sœurs Rondoli, « Suicides ».
Ou… ou… (pour souligner l'exclusion d'un des deux termes). || Ou vous obéirez, ou vous serez puni. || Ou ces livres sont conformes au Coran, ou ils lui sont contraires (→ Dilemme, cit. 1). || Ou admettez que l'arbre (cit. 41) est bon…, ou admettez que l'arbre est mauvais.
26 (…) l'esprit faible, ou n'en admet aucune (religion), ou en admet une fausse. Or l'esprit fort ou n'a point de religion, ou se fait une religion (…)
La Bruyère, les Caractères, XVI, 2.
27 (…) la phrase est dans le sens de celle-ci : « ou la maladie vous tuera, ou ce sera le médecin »; ou bien le médecin; c'est incontestable.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, III, 15.
28 Ou je me trompe étrangement, ou nous ressemblons à cet homme.
A. de Musset, la Confession d'un enfant du siècle, I, II.
29 Ou il y aura, ou il n'y aura pas restauration (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. VI, p. 80.
Ou…, ou…, ou… Si l'alternative comprend plus de deux termes, ou peut être exprimé : a) devant le dernier terme seulement : il lui fut impossible de savoir s'il pleurait, s'il boudait ou s'il était endormi (→ 1. Morne, cit. 2); b) devant chaque terme sauf le premier : Il est assez indifférent de les faire périr par l'épée, ou par le feu, ou par quelque autre supplice (→ Hérétique, cit. 4); c) devant chacun des termes, y compris le premier : … son père a pu déroger (cit. 4) ou par la charrue, ou par la houe, ou par la malle, ou par les livrées (→ aussi Délicat, cit. 20).
30 Sera-t-il dieu, table, ou cuvette ?
La Bruyère, Fables, IX, 6.
31 Des moments revinrent où elle n'avait été que bonne, ou intelligente, ou sérieuse, ou même aimant plus que tout les sports.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XIII, p. 140.
6 Ou, renforcé ou précisé par un adverbe :
a Ou bien.
REM. Ce renforcement (cf. lat. aut certe, aut etiam, aut vero) est dû à la fois au besoin de souligner l'alternative et à la faible consistance phonétique de ou. Il ne se justifie bien que s'il importe d'insister sur la disjonction, par exemple dans un dilemme. || La culpabilité de Dreyfus, ou bien l'infamie de l'état-major (→ Dilemme, cit. 2).(Répété) || Ou bien je lui tiens tête…, ou bien je reste coi… (→ Aligner, cit. 3).
32 Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur
Ma mort m'épargnera la vue et la douleur.
Racine, Britannicus, IV, 8.
33 Qu'importe à ceux du firmament
Qu'on soit mouche ou bien éléphant ?
La Fontaine, Fables, XII, 21.
34 Y a-t-il et dans l'acte; ou bien ou ?
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, III, 15.
35 (…) puis il repassait ses cahiers d'histoire, ou bien lisait un vieux volume d'Anacharsis qui traînait dans l'étude.
Flaubert, Mme Bovary, I, I.
36 Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu'on appelle l'acte d'amour, ou bien s'engagent dans une longue habitude à deux.
Camus, la Peste, p. 15.
36.1 Tu aimes Charlotte : ou bien tu as quelque espoir, et alors tu agis; ou bien tu n'en as aucun, et alors tu renonces. Tel est le discours du sujet « sain » : ou bien, ou bien. Mais le sujet amoureux répond (c'est ce que fait Werther) : j'essaie de me glisser entre les deux membres de l'alternative : c'est-à-dire : je n'ai aucun espoir, mais tout de même… Ou encore : je choisis obstinément de ne pas choisir; je choisis la dérive : je continue.
R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux, p. 75.
b Ou alors (→ Livre, cit. 2), ou encore (→ ci-dessus cit. 36.1), ou même (→ Indifférent, cit. 3), ou mieux (supra cit. 34), ou plutôt (→ Livre, cit. 6; livrer, cit. 20), ou peut-être, etc.
REM. Ou peut être précisé par une proposition. Ou, si vous préférez… Ou, pour mieux dire…
37 Je sentis que ma haine allait finir son cours,
Ou plutôt je sentis que je l'aimais toujours.
Racine, Andromaque, I, 1.
38 C'étaient (…) des hommes qui avaient des idées précises et bien classées sur tout ce qui concerne la banque, ou l'exportation, ou les agrumes, ou encore le commerce des vins (…)
Camus, la Peste, p. 121.
REM. 1. Lorsque les sujets joints par ou sont de la même personne, le verbe se met au singulier ou au pluriel, selon que l'idée de disjonction ou l'idée de coordination l'emporte. || La douceur ou la violence en viendra à bout (Académie). || Le père ou la mère aura la garde de l'enfant. || La peur ou la misère ont fait commettre bien des fautes (Académie). || Écrire un livre (cit. 18) ou écrire un ouvrage sont deux choses.REM. Le singulier s'impose généralement si ou est répété devant chaque sujet : ou l'amour, ou la haine en est cause (Académie), ou bien si ou est renforcé par plutôt, même, etc. — Pour l'accord du verbe après l'un ou l'autre : Un; après tel ou tel : Tel.
39 Sa perte ou son salut dépend de sa réponse.
Racine, Bajazet, I, 3.
40 Quel charme ou quel poison en a tari la source ?
Racine, Phèdre, I, 3.
41 (…) la peur ou le besoin font tous ses mouvements (de la souris) […]
Buffon, Hist. nat. des animaux, La souris.
(Cet accord constitue une « négligence », selon Girault-Duvivier; mais Lemaire fait observer que « l'alternative n'exclut pas la pluralité ». Grammaire des grammaires, p. 580).
42 L'exil, ou la prison, ou le couteau mortel,
N'épargnent nul de ceux qui montaient à l'autel (…)
Lamartine, Jocelyn, Ve épisode, 6 août 1795.
43 (…) l'idée gravée en moi, que Mme Swann, ou son mari, ou Gilberte allaient entrer.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. III, p. 139.
44 La princesse de Guermantes, ou plutôt sa mère, a connu le vrai (Wagner).
Proust, À la recherche du temps perdu, t. VIII, p. 222.
2. « Lorsque les sujets joints par ou… ne sont pas de la même personne, on met le verbe au pluriel et à la personne qui a la priorité » (Grevisse, le Bon Usage, §828, b); et l'on reprend généralement les sujets substantifs par un pronom personnel qui régit l'accord en nombre et en personne. Vous ou moi, nous ferons telle chose (Académie). || « Le roi, l'âne, ou moi, nous mourrons » (La Fontaine, Fables, VI, 19). — L'absence de reprise par un pronom est stylistique (langage écrit et soutenu). « Vous ou moi pourrons y aller. »
45 Maître Gépier, ou toi, en auriez entendu parler.
J. Romains, Violation de frontières, p. 21, in M. Grevisse.
46 En trois ans, bien des choses peuvent arriver. Le roi, l'âne ou moi seront morts.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXV, XVI, p. 141.
3. La préposition qui suit ou se repète généralement devant chacun des termes joints par ou, notamment quand il importe de souligner la disjonction ou l'opposition. Dans la Chartreuse ou dans le Rouge et le Noir (→ Livrer, cit. 23). Quand il a besoin de défendre sa vie ou d'attaquer (cit. 15) celle d'autrui. Cette répétition ne se faisait pas toujours au XVIIe s. (→ ci-dessous, cit. Corneille). De se répète nécessairement dans le tour « qui (lequel) de… ou de… ». — La préposition ne se répète pas quand ou coordonne deux numéraux : Il viendra avec deux ou trois de ses amis.
47 Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront (…)
Corneille, le Cid, III, 4.
48 Et chaque jour encore on lui voit tout tenter
Pour fléchir sa captive, ou pour l'épouvanter.
Racine, Andromaque, I, 1.
49 De temps en temps cependant on mène les jeunes filles au théâtre, à l'Opéra-comique ou au Français (…)
Maupassant, la Petite Roque, « Mlle Perle ».
50 Je ne sais ce qu'il faut le plus admirer dans ce conseil, ou de son astuce ou de son ingénuité.
France, Vie littéraire, I, « La Terre », Œ., t. VI, p. 206.
51 Du reste, chez les campagnards ou chez les gens du peuple, les petits drames profonds et intimes se jouent sans paroles (…)
Loti, Ramuntcho, I, IX.
52 (…) elle riait, par moquerie de mon ignorance ou plaisir de mon compliment.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. III, p. 141.
7 Didact. || Et/ou : l'un ou l'autre ou les deux en même temps.
8 N. m. Mot qui dans le langage courant traduit deux types d'opérateurs logiques. || Le ou exclusif (symb. W). Alternative. || Le ou non exclusif, inclusif (symb. V). Disjonction.
HOM. Houe, houx, où.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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